La France entre dans une zone de turbulences après le revers de Macron aux législatives

Monde |Author: AFP | June 20, 2022, Monday @ 13:05| 529 views

Le Premier ministre français, Elisabeth Borne, prononce un discours après les premiers résultats des élections législatives à Matignon, à Paris, le 19 juin 2022. Ludovic MARIN / POOL / AFP

(AFP) - La France est entrée dimanche soir dans une zone de turbulences politiques après le désaveu infligé au président Emmanuel Macron qui perd sa majorité absolue à l'Assemblée nationale au terme du second tour des élections législatives où l'extrême droite fait une arrivée en force.

Le président, réélu en avril pour un second mandat, devra trouver des alliances pour mettre en oeuvre son programme de réformes dans les cinq prochaines années face à des oppositions déterminées à ne lui faire aucun cadeau.

Ce qui pourrait, selon les observateurs, plonger la France, peu habituée aux compromis parlementaires à l'inverse de ses partenaires européens, dans une instabilité politique chronique.

"Ce sera beaucoup plus difficile de gouverner surtout s'il y a une alliance de toutes les oppositions", confie à l'AFP Dominique Rousseau, professeur de droit constitutionnel à l'université Panthéon-Sorbonne.

Il souligne encore que "le rôle du Parlement sera réhabilité" à l'image de ce qui se passe dans "tous les autres pays européens".

"Nous travaillerons dès demain à construire une majorité d'action, il n'y a pas d'alternative", a assuré la Première ministre Elisabeth Borne, elle-même élue de peu en Normandie (nord-ouest), en affirmant que cette "situation inédite constitue un risque pour notre pays".

La France ne sera pas "ingouvernable" mais il "va falloir faire preuve de beaucoup d'imagination", a concédé le ministre de l'Economie Bruno Le Maire, tandis que le ministre des Comptes publics, Gabriel Attal, un proche du président, reconnaissait qu'il leur faudra "dépasser nos certitudes, nos clivages".

 

- "Gifle" -

 

Pour la majorité présidentielle, la soirée électorale a pris la forme d'une "gifle", comme le décrivait le journal Libération, malgré le fait que la coalition Ensemble! du président est arrivée en tête du scrutin.

Plusieurs ténors de la majorité ou ministres ont mordu la poussière.

Selon les projections des instituts de sondage, Ensemble! obtiendrait entre 230 et 250 sièges, très loin de la majorité absolue de 289 députés (sur 577) à l'Assemblée nationale.

Pour sa part, l'alliance de gauche Nupes menée par Jean-Luc Mélenchon se situe entre 141 et 175 députés, et devient la première force d'opposition à l'Assemblée, en lieu et place de la droite, selon ces projections.

Pour la gauche unie - une première depuis des décennies -, c'est une victoire avec un léger goût amer puisqu'elle échoue à imposer une cohabitation au président Macron comme elle l'avait pronostiqué.

Mais le tribun Jean-Luc Mélenchon, troisième de l'élection présidentielle, n'en a pas moins parlé de "déroute du parti présidentiel", se félicitant du "grand jaillissement" de la gauche.

Dans la dernière ligne droite, Emmanuel Macron avait dramatisé l'enjeu et appelé les Français a lui donner une "majorité solide". Ces derniers semblent ne pas l'avoir entendu, préférant ne lui accorder qu'une majorité relative.

 

- "Tsunami" -

 

Le parti d'extrême droite Rassemblement national (RN) de Marine Le Pen obtient lui entre 80 et 97 députés selon les mêmes sources, ce qui représente une formidable percée.

Mme Le Pen, elle-même largement réélue dimanche soir, a promis d'incarner une opposition "ferme", "sans connivence" mais "responsable et respectueuse" des institutions.

"C'est une vague bleue marine partout dans le pays", s'est réjoui le président par intérim du parti, Jordan Bardella, allant jusqu'à parler d'un "tsunami".

La formation de Marine Le Pen, finaliste de l'élection présidentielle, multiplie par quinze son nombre de députés et franchit le seuil requis pour former un groupe à la chambre basse du Parlement, une première depuis plus de 35 ans.

Quant à la droite classique (LR), elle sauve les meubles en revendiquant 69 députés, et pourrait se retrouver en position d'arbitre dans la future Assemblée même si elle perd son statut de premier groupe d'opposition.

L'un de ses responsables, Jean-François Copé, a appelé dimanche soir à un pacte face aux "extrêmes" entre son parti et la majorité.

La répartition précise des 577 sièges à l'Assemblée nationale ne devrait être connue que plus tard dans la nuit.

 

- Ministres battus -

 

Sans surprise, ce scrutin, le 4e en deux mois après la présidentielle, a été boudé par les Français alors qu'une partie du pays subissait une vague de chaleur inédite.

Le taux d'abstention devrait atteindre entre 53,5% et 54%, sans battre le record de 2017 (57,36%), selon les instituts de sondage.

Ce scrutin parachève un long cycle électoral qui aura confirmé une vaste recomposition politique en France autour de trois blocs au détriment des partis traditionnels de droite et de gauche, entamée avec l'élection de M. Macron en 2017.

Les Français se seront rendus au total aux urnes pas moins de quatre fois en deux ans, dans un contexte de crises successives, de la pandémie de Covid-19 à la guerre en Ukraine en passant par la hausse de l'inflation et des menaces sur l'économie.

La journée avait mal commencé pour la majorité présidentielle avec l'échec en Guadeloupe de la secrétaire d'Etat chargée de la Mer, Justine Benin, battue par le candidat de gauche.

Et les mauvaises nouvelles se sont succédées dans la soirée: la ministre de la Santé, Brigitte Bourguignon, a été battue par sa rivale du RN, de même que la ministre de la Transition écologique, Amélie de Montchalin, défaite par une candidate de la gauche.

Conformément à une règle non écrite mais déjà appliquée en 2017 par Emmanuel Macron, les ministres battus devront quitter le gouvernement.

Et de hauts responsables proches de M. Macron dont le président de l'Assemblée nationale, Richard Ferrand, et le patron des députés, Christophe Castaner, ont également été battus.

bur-lb/fz/ybl


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